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Articles de presse : Divers

Inauguration d'un musée à Suzhou

A 89 ans, Ieoh Ming Pei, vient de déposer une oeuvre ultime sur la terre de ces ancêtres. Le musée Suzhou sera-t-il sa dernière oeuvre en Chine? C'est au moins celle de la réconciliation entre l'architecte américain et son pays natal. Cette ville située à deux heures de Shangaï est une cité impériale surnomée la Venise de l'Orient, mails elle est avant tout, pour Pei la ville d'où sont originaires ses parents. L'inauguration officielle a eu lieu le 6 octobre 2006, et pourtant depuis, ce projet intimiste ne cesse d'être couvert d'éloges. La presse spécialisée s'en fait l'écho et au mois d'Avril 2007 le magazine Géo lui a aussi consacré un article.

La date du 6 octobre 2006 n'avait pas été choisie au hasard, elle symbolise l'unité de la famille et le rassemblement, il n'y a pas de hasard dans l'architecture contemporaine que nous livre depuis si longtemps ce petit homme si exigeant avec lui même mais aussi avec ses collaborateurs. Une grande partie de sa famille, restée au pays, a vécu la longue et souvent tragique période maoïste. C'est sans doute la raison principale de la discrétion de l'architecte, dont le sens de la famille et du respect ne s'est jamais démenti. Suzhou est constituée de canaux, d'architecture et de construction chargé d'histoire, souvent raffinée avec ses palais et ses jardins.

Vers 1979, alors que sa réputation était fermement établie sur le sol américain, il s'était laissé tenter par le gouvernement chinois qui lui avait proposé de dessiner un hôtel à proximité des temples des collines parfumées, au nord de Pekin. Mais nous le savons tous en tant que concepteurs, nous avons tous des mots très durs pour certaines de nos rénovations, de nos réhabilitations, architecture moderne, construction de bâtiment lié à un programme spécifique ... dessiner ne veut pas dire construire. Ce fût le cas de Pei qui souligna la désolation architecturale de l'époque. Il avait pourtant adroitement organisé la position de cet hôtel dans un paysage isolé qui magnifia son bâtiment.

Depuis l'aventure du Grand Louvre et sa pyramide de verre, réalisation à laquelle son nom est resté attaché, il a officiellement pris sa retraite en 1990, laissant l'agence Pei Cobb and Partners, une des firmes américaines les plus actives dans le domaine de la construction de bâtiment. Du Louvre, projet qui représente à lui seul 14 ans de sa vie professionnelle, Pei a conservé le goût du difficile exercice d'associer le présent au passé. Deux dimensions qui se retrouvent dans le projet de Suzhou, puisque le musée jouxte des monuments de la culture chinoise comme la résidence princière de Zhong Wang Fu, dont quelques éléments remontent aux Song, pour l'essentiel ces palais datent des dynasties Ming (1368-1644) et Qing (1644-1911), tel le jardin de l'Humble Administrateur, l'un des quatre jardins de Suzhou est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. Un défi, que seul Pei, a été capable d'affronter.

Bâtiment et jardin ne font qu'un. Pei dit qu'il a tenté, pour le musée de faire renaître une architecture ni contemporaine ni moderne, juste ancrée dans quelques fondamentaux qui lui sont propres : "en occident un bâtiment est un bâtiment, un jardin est un jardin. Il peut y avoir une relation spirituelle entre les deux. Dans la tradition chinoise le bâtiment et le jardin ne font qu'un".

Il a réussi son pari si l'on s'en tient  aux circulations du musée et à la perméabilité des espaces. Tout le goût chinois, de la tradition à la modernité est résumé dans ce projet où architecture intérieure et enveloppe extérieure se plient aux règles des hauteurs de constructions locales. Sur 11000 m², sont présentés des objets de bronze et de jade extraites de fouilles locales, enrichis de prêts du musée de Shangaï, notamment des peintures Ming.

Pour mémoire, il a reçu entre autres, l'enseignement de l'école du Bahaus, grand lieu d'expression des Arts appliqués à l'industrie, à la construction, à la peinture, à la photographie ... dont il garde avec Marcel Brauer une amitié indéfectible. Cet homme nous manquera, quoi qu'en pense ceux qui l'ont approchés lors de nombreux concours internationaux ou de commandes privées, même François Mitterand n'a jamais su aller contre son talent et son obstination.

A découvrir sur www.suzhoumuseum.com

Frédéric Edelmann a consacré à ce projet un article dans le cahier Culture du jounal "Le Monde" du Dimanche 12 - Lundi 13 novembre 2006. 

 

 

Article publié le 16/04/2007

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