Dans sa discipline, elle est considérée comme la figure de proue de l'avant-garde bâtisseuse de l'architecture internationale. Forte personnalité, énergie féroce, mélangé à d'extrêmes audaces. Voilà ce que pourrait être les premiers ingrédients qui compose le coktail Zaha Hadid, née en 1950 à Bagdad. Visionnaire, hyperindividualiste, rarissime, elle n'existe qu'au superlatif.
Archi-architecte, on la surnomme : "la grande Zaha". Lorsque j'étais étudiant, je me suis tout de suite intéressé à sa personnalité, repoussante autant qu'attachante. Dans les années 80, elle se faisait systématiquement éliminer des concours ou appel d'offres car sa production et sa conception du métier possédait déjà 10 bonnes longueurs d'avance sur les autres concepteurs. Je me souviens qu'elle avait pris le contre-pied de ses pairs en réalisant à Londres un pont habité, élancé sur la Tamise, il me rappelait les premiers dessins de cet architecte sculpteur que fût Piranèse. Son rendu de projet, et c'est encore souvent le cas, était composé de dessins aux pinceaux aquarelles alors que tous ces concurrents s'évertuaient à présenter au jury de médiocres images de synthèse.
La londonniene de Bagdad a depuis franchi d'autres ponts, que celui que je garde en mémoire, jeter avec tant de fluidité et de rigueur au dessus de ce superbe fleuve. Sa première réalisation en France date de 2001, une sorte de jeu spatial et intemporel posé à Strasbourg, le terminal des tramways. Depuis avec force et flamboyance, elle déploie trois nouveaux chantiers sur notre hexagone. Le premier est un phare, enveloppé dans un élégant voilage de verre sur le port de Marseille, "adapté à la violence du site" dit-elle, ce projet sera fin 2007, le signal auquel la ville portuaire a toujours aspiré. Le deuxième est une coquille terrestre affublée de perles aux nuances de vase décoratifs, tel que savait les dessiner Gallé. Elle abritera la médiathèque de Pau. Le troisième est un arbre de la connaissance pour le futur complexe culturel et sportif de Montpellier.
Architecture intérieure, mobilier sur mesure, architecture contemporaine, architecture et construction... elle enchaîne les chantiers dans le monde entier et séduit par son déconstructivisme radical sans jamais s'éssoufler. En Italie : Rome, Naples, Milan. En Espagne : Bilbao, Madrid, Barcelone. Au Danemark, en Allemagne, en Autriche, etc. L'Amérique et l'Asie sont déjà programmés dans son carnet de commandes. C'est en 1987, qu'elle créée son agence laboratoire à Londres, commence alors la traversée du désert, pas moins de 1000 projets restés dans les cartons, des concours remportés haut la main mais jamais réalisés. "Les jurys ont souvent plus d'audace que les clients" précise-t-elle. "Femme, étrangère, décomplexée, elle a tout pour réussir dans un monde misogyne, chauvin et conventionnel. Trop novatrice, elle survit en enseignant dans les universités de Columbia, Chicago, et Havard. Son meilleur commentaire : "les idées fortes n'échouent jamais."
En 2004, elle reçoit le Pritzker Prize, le Nobel de l'architecture, à ce moment là, la liste de ses constructions est aussi brève que sa réputation est vaste. Pei, Hollein, Tange, Rossi, Ando, Piano, l'ont précédé. Elle est à 54 ans, la plus jeune et l'unique femme, saluée par le jury comme "un des plus grands architectes à l'aube du XXIe siècle". Et voilà donc, la petite nouvelle qu'on pouvait jusqu'à présent envoyer au coin pour qu'elle se calme, partie sur son tapis volant aérodynamique.
Mariella Righini a consacré un article à cette grande Diva dans la rubrique Les uns, les autres de l'hebdomadaire "Le nouvel observateur" du 2-8 novembre 2006.
Article publié le 23/04/2007