Une fin d'année chaotique contamine notre profession qui ne pense qu'à subsiter et à valoriser son chiffre d'affaire autour des requins de la finance du béton. Laissons couler la promotion immobilière et sa crise larvée qui n'est que le juste retour des abus de ces trois dernières années qu'elle a su faire fructifiée sans partage.
Est-ce là l'essentiel ... l'essentiel est que notre métier vient de perdre une de ces emblématiques figures de la conception architecturale. Depuis le 29 novembre 2008, Jorn Utzon est mort à Copenhague. Cet architecte danois à déposer dans la baie du port de Sydney un ovni doté d'une plastique sublime qui a été inauguré le 23 octobre 1973 par la reine Elizabeth II. Inconnu hors de son pays lorsqu'il remporte le concours international du nouvel Opéra de Sydney. Souvent, qualifié de chef-d'oeuvre du XXe siècle, Utzon du abandonner le chantier en 1966. On lui reproche alors des dépassements de coût considérables. D'autres motifs de conflits seraient en fait plus proches de la réalité de ce chantier, le fait que certaines entreprises australiennes n'auraient pas respectées son dessin.
Utzon reçoit en 2003 le prix Pritzker, l'équivalent du Nobel pour l'architecture. Pour autant, le plus bel hommage qui lui sera rendu fût en 2005, celui de Bent Flyvberjerg dans le Harvard Design Magazine, qui synthétisa ainsi le parcours professionnel de John Utzon : "Le vrai prix du projet de l'Opéra ne réside pas dans ses dépassements faramineux. C'est que les controverses qui ont accompagné ces dérapages auront finalement empêché Utzon de nous donner d'autres chefs-d'oeuvre."
On ne peut s'empêcher en admirant cet édifice, d'apprécier ces coques visibles de toute part depuis la ville et son port, et d'intégrer la filiation maritime, celle qu'il tenait de son père, aussi évidente que la succession de ces toits, mi-voiles et mi-capteurs de lumière, recouverts de tuiles de granit blanc à parement de finition vernies.
Le soin apporté au détail, il l'a reçu pendant quelques années auprès d'Alvar Aalto, l'un de ses maîtres avec Asplund et Wright. Reste en suspend cet énigme qui caractérise le Danemark, sa carrière ressemble à celle de son compatriote Johan Otto Von Spreckelsen (1929-1987), architecte inconnu hors de ses frontières lorsqu'il remporte le concours de l'Arche de la Défense en1982, dont il abandonnera le chantier à Paul Andreu.
A la suite de ses différents avec le gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud, Utzon décide de quitter l'Australie en 1966, la construction du bâtiment sera poursuivie par Peter Hall, David Littlemore et Lionel Todd.
Nul doute, que cet édifice fera à nouveau le tour des images interplanétaires qui ponctueront le passage en 2009. Jorn Utzon avait su saisir le passage d'un témoin organique, élancé et posé au dessus de l'eau. Témoin qui accompagne les plus grandes voies lyriques depuis 1973. Utzon possédait en lui la marque de l'intemporalité, car s'il avait du concevoir ce bâtiment phare en 2008, il possèderait toutes les caractéristiques d'ingénierie et d'architecture que nous lui connaissons déjà.
Frédéric Edelmann a consacré à cet architecte un article dans le cahier Disparitions du journal Le Monde du Samedi 6 décembre 2008.
Article publié le 24/12/2008