Et si nos villes, nos bureaux et nos maisons étaient des écosystèmes organiques et vivants comme des forêts privilégiant l'environnement sans le polluer. A partir de ce postulat, l'architecte malaisien Ken Yeang a fait de ce rêve universel une étonnante réalité.
Des gratte-ciels faits de béton, d'acier et de verre, mais aussi d'humus, de buissons et d'eau, un écosystème où se développeraient une faune et une flore autonomes. Cela ressemble à une utopie empruntée au futur. Nées en Asie, ces tours "vivantes" commencent à apparaître en Europe. Elles donnent un aperçu encourageant des villes oxygénées où urbanisme et ruralité, géométrie et fantaisie, luxe et écologie vivent de concert. Architecture et construction... ces bâtiments autosuffisants sont capables de fournir de l'énergie et de l'eau. Ils absorbent une quantité non négligeable de dioxyde de carbonne émis par leurs habitants et le transforment en air pur. On nomme cette application dans les métiers de la construction "l'éco-design", et il ya de grande chance pour que ce principe de recherche deviennne un art de vivre et qu'il influence la façon dont nous allons traiter notre planète dans les années à venir.
En 30 ans d'exercice, Ken Yeang a dessiné près de 200 projets à caractère écologique. Une douzaine de gratte-ciel "bioclimatiques" ont vu le jour à Tokyo, Dubaï, Singapour, Portland, Kuala Lampur, Mexico, comme autant de signatures. "A ce jour, aucun bâtiment dans le monde n'est totalement "propre" précise Yeang. On doit juste essayer de faire de notre mieux dans la limite de nos connaissances et de nos technologies. A Singapour, la tour EDITT, haute de 26 étages, est autosuffisante en eau à 55%, grâce à un collecteur d'eau de pluie raccordé à un système de filtration et une masse organique qui fait corps avec le bâtiment. Sur une île où l'eau douce est rare (Singapour importe de Malaisie plus de 40% de son eau) de telles idées sont vitales".
Un coup d'oeil à l'un de ces bâtiments ou de ces aménagements urbains pour comprendre ce qu'il veut dire : des parcs arborés et des bosquets intégrés aux immeubles. La ville est réalisée d'autant de réseaux d'asphalte, de béton et d'acier ancrés dans la terre aux dépens de la nature. Trois documents sont à la base de cette méthode de conception : le brief du maître d'ouvrage, le tableau des "coûts", et, le plus important, la demande écologique - comment peut-on réduire les émissions de gaz carbonique? Quels principes écologiques de la construction pourrons nous retenir? Tant que ces différents facteurs de conception ne sont pas réunis, il est inutile de donner jour au projet, qu'il sagisse d'architecture intérieure, de rénovation ou de réhabilitation d'immeubles anciens, ou de construction de bâtiment neuf.
Ken Yeang n'a jamais suivi de formation sur les principes technocrates et réglementaires de la charte Haute Qualité Environnementale dite H.Q.E., tant prisée par nos donneurs d'ordre public. Son projet pour la nouvelle bibliothèque nationale de Singapour a remporté la plus haute distinction dans la catégorie du design écologique. Haute de seize étages, c'est un véritable immeuble bioclimatique constitué de matériaux traditionnels et de végétaux. Son atrium est parsemé d'arbres géants (plus de 12 m de hauteur), des cours suspendues abritent des fôrets de 40 m de haut, des capteurs de pluie fournissent une irrigation automatique pendant les périodes de sécheresse et s'arrêtent lorsque l'air ambiant devient humide, des détecteurs de lumière atténuent l'éclairage de l'immeuble lorsque le soleil brille, les escalators fonctionnement uniquement quand on les emprunte. A l'extérieur, des parasols de 6 mètres de haut gardent la fraîcheur dans le bâtiment pendant l'été, tandis que les façades est et ouest s'ouvrent au lever et au coucher du soleil pour laisser pénétrer la lumière naturelle et économiser de ce fait de l'électricité.
Article publié le 16/04/2007